> Main
> L'écoute des ambiances





Analyse des commentaires recueillis


Ont participé à cette expérience trois catégories d'auditeurs :
- 10 étudiants en architecture,
- 11 musiciens MAOistes,
- 12 auditeurs ne pratiquant ni la musique ni l'architecture.


Parmi eux, on peut distinguer trois façons d'appréhender cette expérience selon sa sensibilité, soit trois types d'auditeurs :
- les descriptifs, qui décrivent leur vision spatiale,
- les émotifs, qui décrivent leurs émotions, pour déduire certaines qualités spatiales,
- les narratifs, ceux qui se projètent en tant qu'individu dans un environnement concret ou abstrait.




J'ai classé les auditeurs selon leur tendance dominante, la réalité étant bien plus nuancée.




Etudiants architectes : 10 auditeurs
descriptifs : 5
émotifs : 2
narratifs : 3


Musiciens : 10 auditeurs
descriptifs : 1
émotifs : 6
narratifs : 3


Non pratiquants : 12 auditeurs
descriptifs : 2
émotifs : 3
narratifs : 7




Voici les descriptions de ressentis redondants pour chaque ambiance, classées selon les types d'auditeurs. J'ai aussi laissé certaines expressions, car elles sont joliment formulées :




Ambiance 1 :


descriptifs : grand, froid, vide, très haut, panoramique, poids, solennel, cérémoniel, majestueux, immense, massivité, endroit clos, ouvert, calme, éclairé
émotifs : sans vie, froid, ruine, infini rassurant, apaisant, méditatif, sacré, familiarité, calme, reposant, anxiogène, immobilité, dérangeant, introspection, légèreté, "noir, violet"
narratifs : respect, espoir, déplacement lent et irrégulier, figé, évasion par la pensée, déambulation dans une église, "j'avance dans un espace qui évolue comme se déroule la vie, "le vent souffle sur les stalactiques et cela produit de la musique"




Ambiance 2 :


descriptifs : sous-terrain, métallique, pression, mouvements continus, espace restreint, étroitesse, grouillant, ensemble répétitif, du bois
émotifs : rapidité, nervosité, contrainte, mauvaise humeur, lassitude, étouffant, dangereux, asceptisé, chaos, agressivité, frénétique, folie, lancinant, saillant, sombre, inconnu, terrifiant, oppressant
narratifs : éveil, déplacement mais emprisonnement, idée de futur, échec "il faut suivre un certain rythme imposé", "le corps puni à se frayer un chemin", "course (poursuite?) pour échapper à la mort", "traverser une jungle en étouffant", "je danse, mon corps ne s'arrête plus. Je suis en transe"




Ambiance 3 :


descriptifs : long, sombre, bas, insécurité, obscurité, perspective, vaste, dilatation de l'espace, humide, froid, sous la terre
émotifs : peur de l'inconnu, hésitation, oppressant, glauque, humide, délabré, puant, mauvais souvenirs, délabrement, saleté, pourri, saleté, sombre, instabilité, sinistre, horreur, danger, peur, angoisse, étroit
narratifs : poursuite, déambulation semée d'obstacles, disproportion, obstacles et irrégularités, danger, attente, un bouillonnement "espace non destiné à l'homme, dont on finit par en sortir", "à tatons dans une sorte de labyrinthe", "mélange de modernité et de nature", "montagnes de rochers incontournables, accidents de parcours, un arbre en travers de mon chemin, un animal surgit, inquiétude", "long couloir étroit qui n'en finit plus, sombre. Sentiment de peur, je cours, j'essaie de trouver la sortie mais en vain"




Ambiance 4 :


descriptifs : du plein, force, inertie, hauteurs, création, grand, vaste, aéré, vide, pression, majesté, contemplation, grandeur du monde, libre, évasion, "l'endroit est très exigu, mais un avion parvient pourtant à y décoller"
émotifs : sentiment de panoptique, sommeil, rêve, oppressant, angoissant, stérilité, mort, dérangement insupportable, déclin, redondance désespérée, trop présent, saturé, prisonnier de la densité, sérénité, oppression, espace fermé, très chaud, "coeur gonflé, vie, violence", "du rouge"
narratifs : réveil, déambuler dans un endroit énorme et mystérieux, grandiose, majestueux, chaleureux, gestation "voler et en avoir conscience", "je me sens bien, je cours dans les champs", "je me déplace sans marcher, une sorte d'ascenseur horizontal", "voler dans l'univers", "un monde derrière une immense baie vitrée qui domine une cité de building/grattes ciel", "un coté blasé, décadent. tu bois ton verre de rouge en regardant ce monde", "apprendre à voler", "Vouloir aller de l'avant après un événement douloureux", "fin du monde, où après tant d'épreuves, il est enfin possible d'envisager un avenir", "un regard, un constat objectif et éclairé sur le monde environnant"






Que conclure ?




Si les architectes sont les plus descriptifs, c'est probablement lié à leur culture analytique. Les musiciens sont les plus émotifs. Ceux qui ne pratiquent ni l'architecture ni la musique sont plus narratifs.



Pour la première ambiance, chaque type d'auditeurs semble décrire le même sentiment d'environnement spatial, mais avec leur sensibilité propre. Certains diront "grand, calme et lumineux", d'autres "méditatif, apaisant" d'autres encore "respect, espoir". Cette première ambiance exploite en effet un archétype spatial que l'on peut attribuer aux cathédrales ; l'auditeur contextualise plus ou moins consciemment l'expérience.


La deuxième ambiance n'évoque pas d'archétype spatial, cependant les auditeurs ont globalement ressenti le même type spatial. Voilà la conclusion que j'attendais de cette expérience ; or l'analyse des autres ambiances a montré un intérêt fortuit tout autre.


La troisième ambiance semble faire bien plus appel à l'émotivité : quasiment tous les auditeurs ont évoqué la peur, l'angoisse, l'incertitude. Ce qui se traduit de façon narrative par une déambulations à tatons sur un terrain labyrinthique, semé d’embûches et d'obstacles. Outre les qualités anxiogènes des sons employés, l'incertitude sonore liée au hasard (randomisation de l'écriture) crée l'angoisse. Ne dit-on pas que nous avons peur de l'inconnu ?
Les auditeurs se transposent mentalement dans un environnement insécurisant, froid, humide et souterrain.


La quatrième ambiance est particulièrement intéressante. Il y a manifestement un fort clivage d'appréciation entre les émotifs et les autres. En effet, si les descriptifs et les narratifs ressentent tous deux une impression de grandeur, de majesté et de liberté, les émotifs ressentent la mort, l'oppression, l'emprisonnement. Si ce résultat est très curieux, je n'ai aucune explication probante à lui donner.
Autre chose : outre les émotifs, l'ambiance semble évoquer aux auditeurs un archétype d'une cité, d'un monde vaste, parfois sur le déclin ; des ruines. L'idée d'une vision panoptique est récurrente.
Un autre clivage d'appréciation est tout aussi intéressant : certains ressentent cette ambiance comme un vide, d'autres comme un plein. Cet amusant paradoxe en est-il vraiment un? Le plein et le vide sont-ils si différents? L'un ne consisterait-il pas à voir en espace, et l'autre en volume?


La conclusion que j'ai tirée de ces réflexions est que la musique ne crée pas d'espace. Elle est cependant capable d'évoquer un espace par certains codes de représentation induisant une analogie avec l'espace. Par exemple : beaucoup de réverbération n'induit pas l'auditeur à imaginer nécessairement un espace grand, en revanche le signe de la réverbération induit un sentiment de grandeur au sens figuré. Une forte compression du son, signe non naturel de dispersion sonore, évoque l'étouffement, l'incapacité à pouvoir sortir d'un confinement.
En somme, il est intéressant de conclure que la musique elle-même possède des qualités propres que l'on appelle Stimmung. Elle opère également par analogie avec nos expériences sensibles autres qu'auditives, ainsi que par la sémiologie en usant de codes de représentation. La musique ne crée donc pas d'espace, elle est alors plus proche de la peinture, comme représentation analogue d'espace. Mais tout ceci n'est qu'une ébauche de réflexion...

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Ont participé à cette expérience trois catégories d'auditeurs :
- 10 étudiants en architecture,
- 11 musiciens MAOistes,
- 12 auditeurs ne pratiquant ni la musique ni l'architecture.


Parmi eux, on peut distinguer trois façons d'appréhender cette expérience selon sa sensibilité, soit trois types d'auditeurs :
- les descriptifs, qui décrivent leur vision spatiale,
- les émotifs, qui décrivent leurs émotions, pour déduire certaines qualités spatiales,
- les narratifs, ceux qui se projètent en tant qu'individu dans un environnement concret ou abstrait.




J'ai classé les auditeurs selon leur tendance dominante, la réalité étant bien plus nuancée.




Etudiants architectes : 10 auditeurs
descriptifs : 5
émotifs : 2
narratifs : 3


Musiciens : 10 auditeurs
descriptifs : 1
émotifs : 6
narratifs : 3


Non pratiquants : 12 auditeurs
descriptifs : 2
émotifs : 3
narratifs : 7




Voici les descriptions de ressentis redondants pour chaque ambiance, classées selon les types d'auditeurs. J'ai aussi laissé certaines expressions, car elles sont joliment formulées :




Ambiance 1 :


descriptifs : grand, froid, vide, très haut, panoramique, poids, solennel, cérémoniel, majestueux, immense, massivité, endroit clos, ouvert, calme, éclairé
émotifs : sans vie, froid, ruine, infini rassurant, apaisant, méditatif, sacré, familiarité, calme, reposant, anxiogène, immobilité, dérangeant, introspection, légèreté, "noir, violet"
narratifs : respect, espoir, déplacement lent et irrégulier, figé, évasion par la pensée, déambulation dans une église, "j'avance dans un espace qui évolue comme se déroule la vie, "le vent souffle sur les stalactiques et cela produit de la musique"




Ambiance 2 :


descriptifs : sous-terrain, métallique, pression, mouvements continus, espace restreint, étroitesse, grouillant, ensemble répétitif, du bois
émotifs : rapidité, nervosité, contrainte, mauvaise humeur, lassitude, étouffant, dangereux, asceptisé, chaos, agressivité, frénétique, folie, lancinant, saillant, sombre, inconnu, terrifiant, oppressant
narratifs : éveil, déplacement mais emprisonnement, idée de futur, échec "il faut suivre un certain rythme imposé", "le corps puni à se frayer un chemin", "course (poursuite?) pour échapper à la mort", "traverser une jungle en étouffant", "je danse, mon corps ne s'arrête plus. Je suis en transe"




Ambiance 3 :


descriptifs : long, sombre, bas, insécurité, obscurité, perspective, vaste, dilatation de l'espace, humide, froid, sous la terre
émotifs : peur de l'inconnu, hésitation, oppressant, glauque, humide, délabré, puant, mauvais souvenirs, délabrement, saleté, pourri, saleté, sombre, instabilité, sinistre, horreur, danger, peur, angoisse, étroit
narratifs : poursuite, déambulation semée d'obstacles, disproportion, obstacles et irrégularités, danger, attente, un bouillonnement "espace non destiné à l'homme, dont on finit par en sortir", "à tatons dans une sorte de labyrinthe", "mélange de modernité et de nature", "montagnes de rochers incontournables, accidents de parcours, un arbre en travers de mon chemin, un animal surgit, inquiétude", "long couloir étroit qui n'en finit plus, sombre. Sentiment de peur, je cours, j'essaie de trouver la sortie mais en vain"




Ambiance 4 :


descriptifs : du plein, force, inertie, hauteurs, création, grand, vaste, aéré, vide, pression, majesté, contemplation, grandeur du monde, libre, évasion, "l'endroit est très exigu, mais un avion parvient pourtant à y décoller"
émotifs : sentiment de panoptique, sommeil, rêve, oppressant, angoissant, stérilité, mort, dérangement insupportable, déclin, redondance désespérée, trop présent, saturé, prisonnier de la densité, sérénité, oppression, espace fermé, très chaud, "coeur gonflé, vie, violence", "du rouge"
narratifs : réveil, déambuler dans un endroit énorme et mystérieux, grandiose, majestueux, chaleureux, gestation "voler et en avoir conscience", "je me sens bien, je cours dans les champs", "je me déplace sans marcher, une sorte d'ascenseur horizontal", "voler dans l'univers", "un monde derrière une immense baie vitrée qui domine une cité de building/grattes ciel", "un coté blasé, décadent. tu bois ton verre de rouge en regardant ce monde", "apprendre à voler", "Vouloir aller de l'avant après un événement douloureux", "fin du monde, où après tant d'épreuves, il est enfin possible d'envisager un avenir", "un regard, un constat objectif et éclairé sur le monde environnant"






Que conclure ?




Si les architectes sont les plus descriptifs, c'est probablement lié à leur culture analytique. Les musiciens sont les plus émotifs. Ceux qui ne pratiquent ni l'architecture ni la musique sont plus narratifs.



Pour la première ambiance, chaque type d'auditeurs semble décrire le même sentiment d'environnement spatial, mais avec leur sensibilité propre. Certains diront "grand, calme et lumineux", d'autres "méditatif, apaisant" d'autres encore "respect, espoir". Cette première ambiance exploite en effet un archétype spatial que l'on peut attribuer aux cathédrales ; l'auditeur contextualise plus ou moins consciemment l'expérience.


La deuxième ambiance n'évoque pas d'archétype spatial, cependant les auditeurs ont globalement ressenti le même type spatial. Voilà la conclusion que j'attendais de cette expérience ; or l'analyse des autres ambiances a montré un intérêt fortuit tout autre.


La troisième ambiance semble faire bien plus appel à l'émotivité : quasiment tous les auditeurs ont évoqué la peur, l'angoisse, l'incertitude. Ce qui se traduit de façon narrative par une déambulations à tatons sur un terrain labyrinthique, semé d’embûches et d'obstacles. Outre les qualités anxiogènes des sons employés, l'incertitude sonore liée au hasard (randomisation de l'écriture) crée l'angoisse. Ne dit-on pas que nous avons peur de l'inconnu ?
Les auditeurs se transposent mentalement dans un environnement insécurisant, froid, humide et souterrain.


La quatrième ambiance est particulièrement intéressante. Il y a manifestement un fort clivage d'appréciation entre les émotifs et les autres. En effet, si les descriptifs et les narratifs ressentent tous deux une impression de grandeur, de majesté et de liberté, les émotifs ressentent la mort, l'oppression, l'emprisonnement. Si ce résultat est très curieux, je n'ai aucune explication probante à lui donner.
Autre chose : outre les émotifs, l'ambiance semble évoquer aux auditeurs un archétype d'une cité, d'un monde vaste, parfois sur le déclin ; des ruines. L'idée d'une vision panoptique est récurrente.
Un autre clivage d'appréciation est tout aussi intéressant : certains ressentent cette ambiance comme un vide, d'autres comme un plein. Cet amusant paradoxe en est-il vraiment un? Le plein et le vide sont-ils si différents? L'un ne consisterait-il pas à voir en espace, et l'autre en volume?


La conclusion que j'ai tirée de ces réflexions est que la musique ne crée pas d'espace. Elle est cependant capable d'évoquer un espace par certains codes de représentation induisant une analogie avec l'espace. Par exemple : beaucoup de réverbération n'induit pas l'auditeur à imaginer nécessairement un espace grand, en revanche le signe de la réverbération induit un sentiment de grandeur au sens figuré. Une forte compression du son, signe non naturel de dispersion sonore, évoque l'étouffement, l'incapacité à pouvoir sortir d'un confinement.
En somme, il est intéressant de conclure que la musique elle-même possède des qualités propres que l'on appelle Stimmung. Elle opère également par analogie avec nos expériences sensibles autres qu'auditives, ainsi que par la sémiologie en usant de codes de représentation. La musique ne crée donc pas d'espace, elle est alors plus proche de la peinture, comme représentation analogue d'espace. Mais tout ceci n'est qu'une ébauche de réflexion...